- L'Esplanade
de Nîmes
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- LA FONTAINE DE
PRADIER
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- photo
de la Fontaine Pradier en 1900
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- par Adolphe
Pieyre, 1880.
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- Dessin de Rol. Rapin, artiste peintre
- > http://perso.wanadoo.fr/roland.rapin
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- L'Esplanade n'a pas toujours été ce qu'elle
est aujourd'hui. Avant 1787, époque à laquelle on l'élève pour la mettre en
rapport avec un plan d'ensemble d'embellissement de la ville, elle était à
peu près au même niveau qu'actuellement, mais c'était alors une sorte de
terrain vague, créé sur une partie de l'emplacement du bastion, dit de la
Couronne et agrandi, au fur et à mesure des besoins de la population, sur les
jardins des environs.
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- On allait là comme aujourd'hui y respirer le
grand air, mais pas tout à fait y chercher l'ombre et la fraîcheur, car à
cette époque, elle n'était pas entourée d'arbres et l'arrosage était chose
inconnue. Cependant, comme c'était le lieu de prédilection des promeneurs,
une délibération communale du XVIIIe siècle l'appelle la promenade
favorite. On y était alors presque à la campagne. En effet, elle n'était
pas comme aujourd'hui entourée de maisons élevées et bornée par des
faubourgs, mais de jardins et de petits chemins, conduisant à la plaine et au
Vistre, dont on pouvait voir au loin les grands arbres. En 1787, donc, on y
porte des décombres et des terres et on en fait une sorte de terrasse de plus
d'un mètre de hauteur par où l'on montait par deux grands perrons.
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- Les terres qui servirent à exhausser cette
promenade provenaient de la démolition de la plate-forme qui obstruait la rue
Régale, du déblaiement des Arènes, de la démolition des remparts et de la
suppression du cimetière des Récollets ou de la Couronne. Raymond, architecte
du roi, à Toulouse, avait dressé tous ces projets, moyennant 6000 livres. Il
peut être considéré ainsi comme l'auteur de nos boulevards et de la
physionomie actuelle de la ville.
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- Malheureusement tous ces travaux ayant été
exécutés un peu à la hâte, on s'aperçut vers l'an VII de la République que
l'Esplanade était beaucoup plus élevée du côté du Sud et que les eaux
pluviales refluant vers la ville, y causaient des dégâts sérieux. La
municipalité par une délibération du 22 prairial an VIII fait rectifier cette
erreur en changeant la porte du Nord au Sud. En 1521, on y place des bancs en
pierre froide de Baruthel et en 1827, après qu'on eût décidé la canalisation
de la source de la Fontaine, on conçut l'idée de placer au milieu de
l'Esplanade une fontaine monumentale qui coûta huit mille francs, et qui se
résumait en deux vasques superposée, en forme de coquilles retenues au sol
par un seul pied. En 1811, lorsqu'on construisit la voie ferrée, nos édiles
voulurent faire grand et ménager à la ville une belle entrée ; on fit tout un
plan d'avenues et de voies de dégagements, dans lequel des modifications
importantes furent apportées à l'Esplanade. On l'abaissa de nouveau et elle
fut entourée d'arbres, d'une balustrade, de trottoirs, de becs de gaz. Puis
en 1844, après tous ces travaux de nivellement et d'embellissement, le
conseil municipal prend une délibération par laquelle elle sera dotée d'une
grande et belle fontaine artistique, qui sera en pierres de Lens et de Roquemaillère,
c'est-à-dire de nos deux grandes carrières des environs. Et il vote à cet
effet cinquante mille francs et la mise au concours de ce projet vraiment
génial, dont tout l'honneur revient à M. le maire Girard et à ses adjoints
MM. de la Corbière, Michel, Nègre-Bergeron.
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- La fontaine qui se trouvait encore sur
l'Esplanade ne débitait que huit pouces d'eau, il fut décidé qu'il fallait
prévoir que la fontaine à exécuter pourrait recevoir une quantité d'eau plus
considérable.
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- Le concours eut lieu le 20 Mai 1844.
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- L'auteur du projet adopté devait recevoir une
somme de 2000 fr indépendamment du droit qu'il aurait de diriger lui-même
l'exécution des travaux. Chaque projet devait être adressé à la mairie au
plus tard le 1er Octobre 1844. Vingt-sept projets furent envoyés au concours.
Ils furent exposés publiquement à la Maison Carrée depuis le Dimanche l3
octobre jusqu'au Dimanche 13 Novembre.
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- Le 22 du même mois le conseil municipal nomma
un jury composé de treize membres savoir : sept pris dans son sein, six pris
au dehors. Ces six derniers comprenaient deux ingénieurs en chef des Ponts et
chausséess, trois architectes et le directeur du musée.
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- Le jury était ainsi composé : M. F. Girard,
maire ; Messieurs Bonnaud, Boyer, de Chastellier, Ranse, Rousselier et de
Trinquelague, conseillers municipaux; M. Vinard, ingénieur en chef du
département; Didion, ingénieur en chef du chemin de fer; Chambaud, architecte
de la ville; Bourdon, architecte du département ; Boucoiran, directeur de
l'Eco le des Beaux-arts; Henri Durand, architecte.
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- Les vingt-sept auteurs de projets se
décomposaient ainsi : 8 de Paris, 9 de Nîmes, les autres de Marseille.,
Bordeaux, Bruxelles, Besançon, Alais, Beaucaire, Arles, Vienne. Sur les
vingt-sept projets présentés, vingt-deux furent éliminés aussitôt parle jury,
et cinq seulement furent jugés dignes de son attention. Chose curieuse, les 9
concurrents de Nîmes furent impitoyablement mis de côté, soit sans doute par
insuffisance, soit par ce sentiment très humain qui veut que nul n'est
prophète dans son pays. Les cinq projets qui étaient restés seuls en présence
portaient pour épigraphe : le numéro 2 « A chacun selon ses œuvres »
; le numéro 9 « Prospérité, commerce, industrie » ; le numéro 7 «
Aide-toi, le ciel t'aidera »; le numéro 19 « Ut prosim »
et enfin le numéro 21 « Utilité et embellissement ».
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- Un nouvel abattage ne laisse subsister que les
numéros 19 et 21, qui furent jugés seuls susceptibles d'exécution. Ils
étaient l'un et l'autre conçus avec beaucoup de talent, de goût et de
convenance. L'auteur du numéro 21 était M. Léon Feuchères, architecte à
Paris, qui déclara avoir présenté son projet eu collaboration avec M. Jules
Klagmann, statuaire, auteur de la fontaine Louvois ; le numéro 19 était de
Questel, c'est la Fontaine actuelle de l'Esplanade.
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- Le numéro 21 se composait d'un monument carré,
très artistement décoré, ayant deux façades principales, une tournée vers le
boulevard, l'autre vers l'avenue. Sur ces deux faces étaient deux statues
placées chacune dans une niche et sur les deux faces latérales des médaillons
ornementés. La conception de M. L. Feuchères parut si recommandable et si
belle, que le jury résolut de solliciter du Conseil municipal l'allocation
d'une prime de 1000 francs en faveur du projet qui ne serait pas exécuté. Le
projet de cet éminent architecte figure dans une des salles de notre musée.
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- Questel fut donc chargé de l'exécution de la
fontaine de l'Esplanade. Mais ce n'était pas encore toucher au but. Il
fallait choisir non seulement un sculpteur, mais encore arrêter les matériaux
qui devaient servir à l'exécution des cinq grandes figures du monument, il
fallait examiner si l'on adopterait la pierre de Lens ou le marbre blanc.
Celte dernière matière exigerait une dépense de 120000 francs au lieu de
50000 fr. qu'aurait coûté la pierre.
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- Le Conseil adopta la délibération suivante :
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- Considérant que la fontaine monumentale que la
ville de Nîmes se propose d'élever sur l'Esplanade, a été considérée par le
Conseil et par les autorités consultées, comme une oeuvre d'art de haute
importance.
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- Qu'elle doit, en conséquence, réunir les
conditions les plus complètes de durée et de perfection, considérant que la
dépense, quoique très considérable, est justifiée par l'importance de la
Ville de Nîmes et par la grande proportion de la promenade et des monuments
antiques et modernes qui l'entourent.
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- Le conseil municipal délibère, les cinq
grandes figures sculptées de la fontaine monumentale seront exécutées en
marbre blanc.
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- La ville, en exécution de cette délibération,
passa des traités avec une maison de Paris, la seule en France qui avait
entrepris l'exploitation des marbres de Carrare, cette maison était en ce
moment occupée à la livraison des marbres destinés au tombeau de l'empereur
Napoléon aux Invalides. Les blocs de notre Fontaine leur sont semblables pour
la qualité. Plus de vingt quatre cubes de ce marbre, à 1000fr. le mètre
seront nécessaires pour l'exécution du monument. Le bloc seul, destiné à la
grande figure de la ville de Nîmes, qui couronne la Fontaine, exigea des
dimensions au moins égales aux blocs livrés par l'Etat pour le monument ales
Invalides. Il avait quatre mètres trente de haut et pesait de quinze à vingt
mille kilos.
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- Tout cela augmentait la dépense totale qui de
50000 fr, devait atteindre suivant les prévisions, 160000 fr. Mais le Conseil
municipal, qui tenait par dessus tout à cette couvre, ne recula pas devant
cette carte à payer. Le 10 mai 1845 il autorise la municipalité à mettre le
projet en voie d'exécution.
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- M. Girard ne perd pas de temps. Il fait
aussitôt ouvrir un concours à l'amiable entre divers sculpteurs de la
capitale. Voilà Klagmann, Etex et Pradier en présence. Klagmann est fortement
recommandé par MM. de Chabaud-Latour, de Lafarelle, Ary Scheffer. Ce dernier
invoquait tout l'intérêt que le duc d'Orléans portait à cet artiste. Etex, de
son côté, apprenant que son maître Pradier est sur les rangs, se récuse.
Malgré tous les efforts de ses amis MM. Numa Boucoiran, Feuchères et
Nouguier, Klagmann est écarté.
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- Le Maire traite le 1er août 1845 avec Pradier
bien qu'il ait demandé 75000 fr au lieu de 60000 francs que demandaient Etex
et Klagmann.
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- Quels sont les mobiles auxquels a obéi le
Maire en faisant choix de Pradier ?
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- Les uns prétendent que c'est la promesse de la
part de Pradier de faire acheter par l'État, pour la Ville de Nîmes, sa belle
statue de Phryné, qui malheureusement est restée au Louvre, d'autres que M.
Girard considérait Pradier supérieur à Klagmann et qu'il fallait que la
Fontaine de l'Esplanade fut l'oeuvre du sculpteur le plus en renom de
l'époque, que déjà Pradier avait fait pour l'Hôtel-dieu, le buste du général
de Feuchères, bienfaiteur de nos hospices, moyennant 5000 francs, enfin, il y
a lieu de croire que M. Girard s'est laissé influencer lors de son voyage à
Paris pour y visiter les principales fontaines, par l'aspect grandiose et
gracieux de la fontaine Molière, oeuvre magistrale de Pradier.
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- Le choix de Pradier allait changer une fois de
plus la somme estimative du monument. De 11400 fr. qui étaient les frais de
sculpture évalués par M. Feuchères, on était passé à 19803 fr 40 c avec M.
Questel, et l'on arrivait avec M. Pradier à 75,000 fr. Et encore ce dernier
déclarait-il faire une concession déclarant que ce n'est point l'appât du
gain qui l'engage à entreprendre ce beau travail, mais bien le désir de
laisser à Nîmes une belle chose, celui de prouver l'attachement particulier
qu'il avait pris pour un département où était né son grand-père.
-
- Cependant la nouvelle carte à payer ne devait
arrêter en aucune façon le Conseil municipal. Il s'empressa de voter le
nouveau sacrifice qu'on exigeait des finances municipales, ce qui porta le
total de la dépense générale à 214963 fr. 55 c, somme exacte de ce qu'a coûte
la Fontaine, dite de Pradier. Peu de municipalités dans l'avenir auront fait
pour les arts autant que celle de cette époque. Il faut donc la féliciter et
de son intelligence et de sa hardiesse. Les artistes viennent à Nîmes aujourd'hui
autant pour voir le chef-d'oeuvre de Pradier que pour y admirer ses monuments
antiques.
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- Pradier arriva à Nîmes en 1846, époque à
laquelle il installa son atelier sous un des arceaux du Viaduc.
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- Ce n'est que dans le courant de l'année 1850
que fut terminée la fontaine de l'Esplanade, que les habitants ne
connaissaient que par la maquette exposée dans la Maison Carrée. L'érection
et la mise en place des différentes pièces paraissaient difficiles à
exécuter, et cette dernière opération fort délicate éveillait quelques
perplexités, même chez les hommes de l'art.
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- Le samedi 12 avril, MM. Cazal et Ginestoux,
entrepreneurs pour les travaux de maçonnerie, installèrent la première des
quatre grandes vasques qui reçoivent les eaux. Ce bloc ne pesait pas moins de
230 quintaux métriques. Ce commencement heureux faisait présager le succès
futur. Il fallut, néanmoins, toute l'intelligence, toute la capacité de
l'entrepreneur pour hisser sur son piédestal, la colossale statue de la Ville
de Nîmes. Le jeudi 25 mai, sous la direction de Questel et de Durand,
architectes, ce travail fut terminé, malgré les moyens imparfaits dont on disposait.
Successivement, les quatre statues prirent leur place sans que l'une d'entre
elles ait été dégradée, soit pendant le transport, soit pendant l'érection.
-
- On se figure aisément les difficultés de cette
dernière opération, et l'on comprendra quelles étaient celles du transport,
lorsqu'on songe que l'atelier de M. Pradier étant aussi éloigné du centre de
l'Esplanade, il avait fallu traîner jusqu'au pied du piédestal la masse
énorme des différentes statues. Pour réaliser ce problème, M. Cazal avait eu
l'idée de construire un chemin de fer qui, partant de l'atelier et
aboutissant à l'Esplanade, s'élevait par un plan incliné, construit en
charpente, jusqu'aux piédestaux sur lesquels, alors, les statues étaient
déposées sans effort. Ce travail, qui lui fut consenti par adjudication,
coûta 1500 francs.
-
- Les diverses circonstances qui ont précédé ou
accompagné l'érection de la Fontaine de l'Esplanade, furent transcrites sur
un parchemin spécial. Ce document fut enfermé dans un tube de verre, dans
lequel on fit le vide et le tube placé dans une petite boîte de plomb avec
quelques pièces d'argent et de cuivre à l'effigie de Louis-Philippe et de la
République. Le tout fut scellé dans le piédestal qui porte la Ville de Nîmes.
-
- La réception des travaux se fit avec un
certain apparat, le 8 septembre 1850, mais l'inauguration solennelle ne
devait avoir lieu que plus tard. Le maire, entouré de ses adjoints et du
Conseil municipal, convoqua, en outre, l'Académie du Gard, le Préfet et le
Conseil général à assister à cette première cérémonie. L'éminent artiste
Pradier, qui avait été appelé, comme membre de l'Institut, à siéger au sein
de notre Académie, guida le cortège et fit la remise officielle des travaux à
l'administration municipale. Une foule immense entourait le cortège officiel
et contemplait cet admirable groupe débarrassé, enfin, de ses voiles et des
échafaudages qui en masquaient les belles proportions.
-
- Il restait à entourer convenablement ce
morceau d'art et surtout à alimenter les jets d'eau. A cette époque, c'était
une question assez compliquée que de détourner de la source de la Fontaine,
une quantité relativement assez considérable de liquide. Il fut décidé qu'une
conduite spéciale partirait du point où le canal de dérivation des eaux, dit
aqueduc Balore, aboutit sur le quai de la Fontaine, au débouché de la rue
Titus, et se dirigerait, en longeant les boulevards de la Comédie, de la
Madeleine et St Antoine, sur le réservoir existant à l'angle Nord-ouest du
bosquet de l'Esplanade, en face la maison Colomb. Cette conduite captait, au
profit de la Fontaine de l'Esplanade, la masse d'eau qui desservait le lavoir
de la place d'Assas, soit 1000 litres environ par minute.
-
- Le 1er juin 1851 avait lieu, enfin,
l'inauguration solennelle du monument, complètement terminé. La grille, les
candélabres étaient posés, les tuyaux adaptés, les gazons et les corbeilles
de fleurs plantés. Les inscriptions étaient gravées, bien que l'Académie du
Gard se fût montrée opposée à cette décision, en un mot, tout était prêt. Les
Compagnies de chemins de fer organisèrent, pour la circonstance, des trains
de plaisirs. Aussi, des la veille du 1er juin, une foule compacte d'étrangers
envahissait la ville. De la banlieue, des chariots de toutes formes et de
toutes dimensions emmenaient une multitude de curieux. Ajoutons que le soleil
était de la fête.
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- L'inauguration de ce monument que la
population avait vu grandir et s'élever, au milieu des événements les plus
divers, fut une solennité pour la ville. Toutes les maisons qui entourent la
place étaient garnies de spectateurs jusques sur les toits, et sur
l'Esplanade elle-même, la foule pressée avait peine à se mouvoir. Dans le
cortège officiel figuraient un grand nombre d'invités et, en particulier, les
membres de l'ancien conseil municipal à la sollicitude duquel était due
l'érection de la fontaine. Des circonstances douloureuses retinrent à Paris,
Questel, l'architecte, et l'éminent statuaire Pradier ne put, à son grand
regret, assister à la cérémonie. Le maire de Nîmes, Eyssette, absent, fut
suppléé par le premier adjoint Vidal. Deux discours furent prononcés, l'un
par le Préfet du Gard, l'autre par le premier adjoint. J'en ferai grâce à mes
lecteurs, ne voulant retenir du discours de M. Vidal que ces quelques paroles
-
- Puisse la ville de Nîmes, marcher constamment
dans la noble voie où depuis un demi-siècle elle a accompli de si éclatants
progrès ! Puisse t-elle toujours, assurée comme aujourd'hui de l'autorité
supérieure, ne jamais séparer le beau de l'utile. Ce principe
d'administration doit être sacré pour nous ; il est en quelque sorte notre
glorieux patrimoine, car il est gravé sur chaque pierre des monuments que
nous ont légués nos aïeux.
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- Un coup de canon donna le signal du
jaillissement des eaux qui se répandirent en gerbes gracieuses dans les
vasques destinées à les recevoir, aux applaudissements de la multitude.
C'était la fin de la cérémonie, mais la fête se prolongea le soir par un
spectacle gratuit aux Arènes.
-
- Nîmes doit persister dans la voie tracée par
les représentants municipaux de cette époque. Maintenant qu'elle a des eaux
en abondance, de vastes places à décorer, telles que celle des Carmes et les
ronds points du boulevard de la République, ce serait le cas de les orner de
belles fontaines monumentales, qui viendraient encore ajouter à sa beauté et
à sa grâce.
-
- ADOLPHE PIEYRE, Nîmes
1880.
-
- SUITE
- > La
vie du Sculpteur James Pradier
- > Le
modèle, Juliette Drouet ?
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